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COE: A Cuba, les Eglises font face � une Situation nouvelle
From
"Sheila MESA" <[email protected]>
Date
21 Oct 1999 01:32:43
Conseil oecum�nique des Eglises
Document COE
Le 21 octobre 1999
A CUBA, LES EGLISES FONT FACE A UNE SITUATION NOUVELLE
Bloqu�e dans la capitale de Cuba par l'ouragan Ir�ne, une �quipe oecum�nique internationale a admir� la capacit� d'organisation des Cubains et la rapidit� avec laquelle ils se sont mobilis�s dans toute l'�le pour mettre en s�curit� les personnes en danger.
Malgr� les d�g�ts caus�s par l'ouragan - qui a provoqu� la mort de quatre personnes et d�truit plusieurs vieux immeubles au centre-ville -, des observateurs qui se trouvaient sur place ont affirm� que sans l'action de la d�fense civile cubaine, les choses auraient �t� beaucoup plus graves.
"Nous avons pu observer avec quelle discipline et quelle d�termination les gens ont agi, avec quel calme. Ils savaient comment g�rer la crise caus�e par l'ouragan", a d�clar� le pasteur Konrad Raiser, secr�taire g�n�ral du Conseil oecum�nique des Eglises (COE).
Le pasteur Raiser est arriv� � La Havane, premi�re �tape du voyage qu'il doit effectuer dans quatre pays des Cara�bes et d'Am�rique centrale, accompagn� de personnalit�s oecum�niques des r�gions visit�es. La d�l�gation, qui devait s'envoler de Cuba le 14 octobre, a �t� dans l'impossibilit� de quitter l'�le jusqu'au jour suivant, o� elle a pu partir pour le sud du Mexique. Cependant, l'ouragan s'attardant dans la r�gion, elle n'a pas pu se rendre � Port-au-Prince en Ha�ti, o� des rencontres avaient �t� pr�vues avec des chefs d'Eglises et des responsables de mouvements associatifs.
Une solidarit� v�cue
Le secr�taire g�n�ral du COE a racont� comment les habitants de l'�le ont fait preuve d'une solidarit� g�n�reuse qui les a tous aid�s � faire face � l'ouragan Ir�ne."J'ai rencontr� � Cuba une solidarit� sans pr�tention, qui allait de soi", a-t-il soulign�. "Les Cubains ont appris que l'on ne gagne rien � veiller seulement � ses propres int�r�ts mais qu'au bout du compte, si l'on veille aux besoins de tous et qu'on aide ceux qui sont dans la d�tresse, cela est b�n�fique pour tout le monde. C'est comme cela qu'on devrait pratiquer la solidarit�. Cuba a su int�grer une pratique de la soci�t� traditionnelle dans la soci�t� moderne; cela m'a beaucoup impressionn�."
Autre manifestation de la solidarit� cubaine : l'Ecole des sciences m�dicales de La Havane que le pasteur Raiser a visit�e le 13 octobre. Fond�e apr�s que l'ouragan Mitch eut ravag� l'Am�rique centrale, cette �cole forme de jeunes m�decins originaires de pays comme le Guatemala, le Br�sil et le Honduras. "La plupart des �tudiants viennent de r�gions rurales et n'auraient pas normalement chez eux la possibilit� d'�tudier la m�decine", a expliqu� le secr�taire g�n�ral. "Quand ils viennent � La Havane pour recevoir leur formation, ils s'engagent � rentrer chez eux au bout de six ans et � retourner dans leur communaut� rurale avec le m�me esprit de service d�sint�ress� que celui qu'ils ont rencontr� � Cuba."
L'�cole de m�decine, qui s'est ouverte en janvier dernier, est situ�e dans un ancien b�timent de la marine cubaine. La derni�re bombe en a �t� retir�e en f�vrier dernier.
Pour Konrad Raiser, l'�cole et les programmes de soins de sant� communautaires que soutient le COE dans plusieurs r�gions du monde ont beaucoup de choses en commun. Il s'int�resse � la mani�re dont ces deux types d'institution pourraient collaborer pour am�liorer la sant� de la population pauvre, exclue des programme actuels de soins de sant�.
A c�t� de sa visite � l'�cole qui a eu lieu vers la fin de son voyage de quatre jours, la d�l�gation a particip� � de nombreuses rencontres � La Havane et dans la province voisine de Matanzas. Durant les premiers jours, Konrad Raiser a entam� un dialogue avec des �tudiants en th�ologie et pr�ch� dans le cadre de cultes protestants, il s'est entretenu avec l'archev�que catholique de la Havane, et il a �galement rencontr� le pr�sident Fidel Castro au cours d'un d�ner qui s'est prolong� tard dans la nuit.
Une croissance spectaculaire
Le 13 octobre, alors que l'ouragan s'approchait des c�tes de Cuba et que la mer, au large de La Havane, devenait houleuse, le secr�taire g�n�ral du COE a rencontr� des responsables de 33 Eglises protestantes de diff�rentes d�nominations qui lui ont parl� de la croissance spectaculaire de leurs communaut�s, survenues ces derni�res ann�es. Selon le pasteur Otoniel Bermudez, pasteur de l'Eglise �vang�lique ind�pendante de New Pines et secr�taire g�n�ral du Conseil des Eglises de Cuba, les participants ont �t� "surpris de la rapidit� avec laquelle Konrad Raiser a saisi la complexit� de la situation cubaine". Le pasteur Bermudez a d�clar� qu'un grand nombre des responsables d'Eglise pr�sents � la r�union venaient d'Eglises conservatrices et m�fiantes vis-�-vis des alliances interconfessionnelles, mais qu'apr�s s'�tre entretenus avec le secr�taire g�n�ral du COE, "ils �taient anim�s d'une confiance nouvelle dans le mouvement oecum�nique".
Tous les responsables d'Eglises pr�sents ont mentionn� la croissance foudroyante de leurs effectifs. Le pasteur Bermudez a signal�, par exemple, que les effectifs de son Eglise avaient augment� de 50% en cinq ans et qu'elle compte actuellement 22 000 membres.
Tandis que les analystes semblent indiquer g�n�ralement que ce ph�nom�ne est le r�sultat direct de la crise �conomique o� le pays se trouve plong� depuis qu'il a perdu ses relations commerciales privil�gi�es avec l'ex-Union sovi�tique, un haut fonctionnaire du gouvernement, qui suit de pr�s l'�volution des groupes religieux, a d�clar� que les Eglises elles-m�mes, aujourd'hui, �taient plus cr�dibles.
"Les Eglises font leur travail et elles le font bien", a affirm� Maira Gutierrez, fonctionnaire de haut rang qui travaille aupr�s du Bureau des affaires religieuses du Comit� central du Parti communiste.
Plusieurs observateurs ont fait remarquer � la d�l�gation que les Eglises avaient d�montr� leur capacit� d'organisation en mettant sur pied, en juin dernier, une C�l�bration protestante cubaine � l'�chelon national : un million de Cubains au moins ont particip� � diff�rents aspects de cette manifestation qui a dur� plusieurs mois : �vang�lisation porte � porte, rassemblements de masse dans les villes les plus grandes, etc. Le gouvernement a transmis en direct � la t�l�vision quatre de ces rassemblements, et il a assur� les services de transport pour la c�l�bration la plus grande qui a eu lieu le 20 juin sur la place de la R�volution, � La Havane.
Les c�l�brations organis�es par les Eglises ont pris la forme de rencontres joyeuses qui ont rarement dur� plus de deux heures. Un ministre du gouvernement a admis, dit-on, que celui-ci avait beaucoup � apprendre au contact de l'Eglise, vu que les rassemblements de masse qu'il organise sont souvent interminables et "infligent � la population de longs discours de plusieurs heures."
S'il faut attribuer le renouveau de l'Eglise sur l'�le � la fois au travail acharn� des responsables d'Eglises et � la crise �cnomique de la d�cennie �coul�e, il importe de rappeler que c'est au d�but de cette m�me d�cennie que les fonctionnaires du gouvernement ont commenc� � se consid�rer comme des politiciens dans leurs rapports avec les communaut�s religieuses, et non plus comme des repr�sentants de la police. Certes, les tensions n'ont pas compl�tement disparu, mais les fonctionnaires du parti sont beaucoup plus nuanc�s qu'autrefois dans leurs r�actions et ils se montrent m�me souvent coop�ratifs.
"Les Eglises", a fait observer Konrad Raiser, "ont plus de libert� de manoeuvre". "Le probl�me, dans les ann�es 60, 70 et 80, ce n'�tait pas le manque d'initiative des responsables et des membres des Eglises. Ils n'�taient tout simplement pas autoris�s � agir librement en tant qu'Eglise. Mais aujourd'hui, le gouvernement a chang� sa politique et il conc�de aux Eglises un rayon d'action qui n'�tait pas envisageable il y a 15 ans."
D�jouer les pi�ges
Le r�veil de la religion � Cuba comporte des risques particuliers. Un analyste cubain des questions religieuses, Joel Suarez, membre de la communaut� baptiste, craint que les difficult�s �conomiques actuelles ne produisent des "chr�tiens convertis pour un morceau de savon", des gens qui s'approchent des Eglises en temps de crise �conomique parce que celles-ci offrent des ressources mat�rielles - "savon, m�dicaments" - que l'on ne peut pas se procurer facilement sur le march� cubain. Un tel paternalisme, soutient Joel Suarez, entravera l'Eglise dans sa proclamation d'une esp�rance authentique en des temps pleins d'incertitude. "L'Eglise offre-t-elle une gr�ce � bon march�?", interroge-t-il, "un Evangile du parac�tamol? ou offre-t-elle l'occasion d'une rencontre avec J�sus, qui complique la vie des gens et les appelle � s'engager davantage dans leur quartier pour �tre la lumi�re et le sel de la terre?"
Des responsables d'Eglise ont �galement exprim� le d�sir de ne pas tomber dans le pi�ge d'un certain type de triomphalisme, qui met l'accent d'abord sur la croissance num�rique des Eglises au d�triment de l'analyse critique du contenu de l'enseignement qu'elles dispensent � leurs nouveaux adh�rents.
Konrad Raiser, professeur de th�ologie allemand, a compar� cette situation � celle qu'il a observ�e dans les anciens pays socialistes d'Europe : "Quand, dans un pays, les fondements id�ologiques jusqu'alors fermement �tablis s'affaiblissent ou s'effritent, il y a des gens qui sont pr�ts � changer leur cadre de r�f�rences id�ologique contre un cadre religieux." Le danger, a-t-il soulign�, c'est que ces nouveaux convertis perdent vite leurs illusions sur leur nouvelle vie religieuse, � moins que l'Eglise ne leur offre un solide programme d'enseignement qui leur permettra d'approfondir leur exp�rience de foi et leur engagement social.
Dans de nombreux cas, le secr�taire g�n�ral du COE a �t� impressionn� par la mani�re extr�mement nette dont l'Eglise cubaine a r�agi, en mettant au point des mat�riaux et des activit�s p�dagogiques qui d�velopperont chez les gens une id�e nouvelle de ce que signifie �tre une communaut� chr�tienne. A titre d'exemples, il a mentionn� le nouveau programme du s�minaire oecum�nique de Matanzas, un programme d'Eglise destin� � former des responsables la�cs � La Havane, et un programme d'�ducation populaire parrain� par l'Eglise et diverses organisations gouvernementales travaillant dans le domaine de la sant�.
Pour le pasteur Raiser, les efforts que font les Eglises dans le domaine �ducatif "sont, d'une certaine mani�re, une lutte pour gagner l'esprit des Cubains". Le gouvernement, souligne-t-il, ne veut pas c�der de terrain sur le plan id�ologique; en m�me temps, il a acquis un respect nouveau pour la capacit� qu'a l'Eglise de rassembler les gens et de d�velopper chez ses membres une certaine conscience critique.
"Les Eglises cubaines sont solidement enracin�es dans la pi�t� �vang�lique et elles demeurent ancr�es dans la vie du peuple", a constat� le pasteur Raiser. "Les Eglises se consid�rent comme faisant partie int�grante de la soci�t� et de la culture cubaines. Elles ne repr�sentent plus un projet �tranger, mais, au contraire, elles sont r�solues � apporter une contribution constructive au processus de changement des ann�es � venir."
Au cours de sa visite � Cuba, Konrad Raiser �tait accompagn� des personnes suivantes : M. Walter Altmann, pr�sident du Conseil des Eglises d'Am�rique latine ; Mme Elisabeth Raiser, �pouse du secr�taire g�n�ral , engag�e au service de la cause des femmes ; Mme Genevi�ve Jacques, membre de l'Equipe "relations internationales" du COE ; et Mme Marta Palma, secr�taire ex�cutive pour les r�gions des Cara�bes et de l'Am�rique latine.
Pour toute information compl�mentaire, s'adresser au Bureau des relations avec les m�dias, T�l.: +41 22 791 61 53
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Le Conseil oecum�nique des Eglises (COE) est une communaut� de 337 Eglises. Elles sont r�parties dans plus de 100 pays sur tous les continents et repr�sentent pratiquement toutes les traditions chr�tiennes. L'Eglise catholique romaine n'est pas membre mais elle collabore activement avec le COE. La plus haute instance dirigeante du COE est l'Assembl�e, qui se r�unit environ tous les 7 ans. Le COE a �t� form� officiellement en 1948 � Amsterdam, aux Pays-Bas. Le secr�taire g�n�ral Konrad Raiser, de l'Eglise �vang�lique d'Allemagne, est � la t�te du personnel de l'organisation.
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