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COE - J�rusalem: qui a le droit d'approcher Dieu?
From
[email protected]
Date
12 Sep 2000 06:29:51
onseil oecum�nique des Eglises
Document, Feat-00-16
Pour publication imm�diate
Le 12 septembre 2000
J�rusalem: qui a le droit d'approcher Dieu?
Sara Speicher
Dans le cadre de son travail pour la justice et la r�conciliation, Jean Zaru a sillonn� le monde. Mais, pour parcourir les 15 kilom�tres qui s�parent son domicile de Ramallah en Cisjordanie de J�rusalem, il lui faut un permis sp�cial, tr�s difficile � obtenir. �Je ne peux donc pas simplement prendre ma voiture car les voitures palestiniennes ont des plaques d'immatriculation diff�rentes. Les v�hicules isra�liens, eux, franchissent les points de contr�le sans encombre, mais moi, on ne me laisserait pas passer.�
Jean Zaru, quaker et ancienne membre du Comit� central du Conseil *cum�nique des Eglises (COE), s'adressait � un groupe de jeunes adultes venus des Etats-Unis pour assister � un s�minaire sur la question de J�rusalem, organis� par le COE du 9 au 15 juillet dernier. Evoquant les restrictions qui p�sent sur les d�placements, la discrimination et la violence que sa famille et elle-m�me subissent en tant que chr�tiens palestiniens, elle se demande souvent si pour Dieu elle n'est pas �une enfant de deuxi�me cat�gorie�.
Jean Zaru est l'une de quelque 2,5 millions de Palestiniens vivant en Cisjordanie et dans la bande de Gaza dont l'acc�s � J�rusalem a �t� limit� ou interdit. En 1993, le gouvernement isra�lien a en effet adopt� des mesures de s�curit� particuli�rement s�v�res qui, selon la Palestinian Academic Society for the Study of International Affairs (PASSIA), �interdit aux Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza l'entr�e en Isra�l, la libert� de d�placement entre le sud et le nord de la Cisjordanie et l'acc�s � J�rusalem�.
Le statut de la ville est au coeur du conflit qui, depuis plus d'un demi-si�cle, oppose Palestiniens et Isra�liens. L'�chec des n�gociations de Camp David en juillet 2000 a rappel� au monde le chemin qui reste encore � faire pour remplir les objectifs de paix dans la r�gion, et lui a montr� que la question de J�rusalem n'est pas pr�s d'�tre r�gl�e.
Sainte et divis�e
J�rusalem est l'une des villes les plus anciennes du monde. Elle abrite le mur des Lamentations, dernier vestige du second Temple juif, o� Abraham, dans sa fid�lit� � Dieu, se pr�para � sacrifier son fils Isaac. Pour les chr�tiens, l'�glise du Saint-S�pulcre est le lieu de la mort et de la r�surrection de J�sus Christ, et J�rusalem le berceau de l'Eglise. Enfin, la vie du proph�te Mahomet est li�e � J�rusalem et la mosqu�e el Aqsa est le troisi�me lieu saint de l'Islam. La ville rev�t donc une importance religieuse capitale pour des millions de juifs, de chr�tiens et de musulmans � travers le monde. Pendant des si�cles, elle a �t� un lieu de p�lerinage et aussi un but de conqu�te pour les empires et les crois�s.
Depuis le 19e si�cle, J�rusalem est devenue l'objet des revendications rivales des Juifs et des Palestiniens. Ces revendications rev�tent des dimensions politiques, territoriales et religieuses complexes puisque, comme on le lit dans un rapport de l'ONU, �les deux populations consid�rent la ville comme l'incarnation de leur identit� nationale et de leur droit � l'autod�termination� (1)
D�finir la question de J�rusalem
La question de J�rusalem est extr�mement complexe, comme ont pu le constater les treize jeunes Am�ricains venus participer � ce s�minaire parrain� par l'�quipe �Relations internationales� et le Bureau des Etats-Unis du COE.
Soulignant que �la question de J�rusalem est indivisible�, le directeur de la PASSIA, M. Mahdi Abdul Hadi, distingue six �composantes�, chacune indissociable des cinq autres:
Territoire - Quelles sont les fronti�res en cause ? Les fronti�res d�finies dans la r�solution 181 (1947) des Nations Unies diff�rent des fronti�res effectivement appliqu�es entre 1947 et 1967. De plus, l'annexion de terres par le gouvernement isra�lien depuis 1967 a radicalement chang� le trac� des fronti�res de la ville, notamment de J�rusalem-Est.
Population - Qui est et qui sera �citoyen� de J�rusalem ? Depuis 1948, les Palestiniens sont en butte � des politiques restrictives en mati�re de r�sidence, de citoyennet� et de logement, qui visent � les chasser de la partie occidentale de la ville et � s�parer les Palestiniens de J�rusalem-Est de ceux de Cisjordanie. Leur �principale pr�occupation� est de savoir comment les citoyens de la future J�rusalem pourront s'ins�rer dans l'ensemble de la population palestinienne.
Souverainet� - Qui exerce la souverainet� ? Le gouvernement isra�lien a proclam� �J�rusalem enti�re et r�unifi�e capitale de l'Etat d'Isra�l,� et veut que la ville �reste � jamais sous souverainet� isra�lienne� (2). Les Palestiniens consid�rent pour leur part J�rusalem comme la capitale du peuple palestinien et de son futur Etat.
Soci�t� civile - Comment administrer la ville ? Depuis 1967, Isra�l a impos� un contr�le municipal dans tout J�rusalem. Le jugeant ill�gal, les Palestiniens y r�sistent et s'efforcent de �pr�server le caract�re arabe de la ville�.
Religion - Quel est le statut des lieux saints et qui y a acc�s ? Le libre acc�s, la libert� de culte et le maintien du �statu quo� sur les lieux saints sont des questions d�licates en jeu dans les n�gociations.
Histoire - Comment la ville pourrait-elle �tre le plus fid�le t�moin de son histoire longue et complexe ? Pourrait-elle jamais �tre consid�r�e comme une ville palestinienne ? Une ville isra�lienne? Une ville juive? Une ville musulmane ? Une ville chr�tienne ? L'importance historique de J�rusalem se lit dans son arch�ologie, son architecture et ses institutions, qui toutes sont la marque de la longue coexistence de nombreuses cultures et traditions plut�t que l'expression de la domination de l'une ou de l'autre.
Tandis que les n�gociateurs cherchent des solutions, les �motions et les tensions restent vives ; il est clair qu'aucune solution ne satisfera pleinement les deux parties. �Nous aimons la m�me terre, a dit au groupe Daniel Seidemann, un avocat isra�lien. Nous n'aspirons pas � partager le m�me espace. Nous voulons tous pr�server notre identit� [mais] partager la ville est in�vitable sur le plan politique.�
Faissal Husseini, membre du Comit� ex�cutif de l'OLP charg� du dossier de J�rusalem, voit dans la ville la cl� de la stabilit� au Proche-Orient. �R�soudre le probl�me palestinien et instaurer un Etat palestinien contribueront � apporter la stabilit� � la r�gion et � favoriser la coop�ration... T�chons de trouver la solution dans la paix, sans nous punir les uns les autres.�
Pour Anat Hoffman, membre du conseil municipal, les probl�mes pratiques de J�rusalem sont exacerb�s par la complexit� du conflit. �Dans la pratique, dit-elle, nous pourrions r�soudre n'importe lequel des probl�mes qui se posent � nous. Mais J�rusalem n'est pas une ville comme une autre. C'est une m�taphore.�
La question de J�rusalem a des racines historiques, culturelles et religieuses profondes. Mais il faut apporter des r�ponses � ceux qui vivent l� et qui se trouvent face � un avenir de tensions et d'incertitudes. Le COE affirme depuis longtemps d�j� que : �Le probl�me de J�rusalem ne se limite pas � la protection des lieux saints. Il a aussi un lien organique avec les habitants de cette ville, leurs convictions religieuses et leurs communaut�s.�
Les m�dias internationaux se concentrent souvent sur le conflit entre deux peuples - Isra�liens et Palestiniens - et deux grandes religions - juda�sme et islam -, au point que les chr�tiens du reste du monde en viennent parfois � oublier qu'� J�rusalem et dans la r�gion environnante vit une communaut� chr�tienne petite certes, mais importante, qui doit assumer son statut de double minorit�.
Chr�tiens � J�rusalem
L'�v�que Munib Younan de l'Eglise �vang�lique luth�rienne de Jordanie a fait remarquer qu'il y avait de moins en moins de chr�tiens � J�rusalem et qu'ils n'�taient � pr�sent que 5000. Il exprime ses craintes : �Si vous perdez les �glises locales, vous perdez le christianisme � J�rusalem�. Les �glises luttent en partie pour �l'�galit� des droits et des responsabilit�s� dans la ville, dit-il, et notamment pour la libert� d'acc�s aux lieux saints.
Sa B�atitude Torkom Manoogian, patriarche de l'Eglise orthodoxe arm�nienne de J�rusalem, a soulign� la pr�sence ininterrompue en Terre sainte des chr�tiens et de l'Eglise et le r�le des patriarcats arm�nien, orthodoxe grec et latin dans la protection des lieux saints, notamment de l'�glise du Saint-S�pulcre, conform�ment � l'�dit du �statu quo� de 1852. Le r�le et les responsabilit�s des Eglises, a-t-il indiqu�, doivent �tre maintenus tandis qu'on discute l'avenir de la ville.
Les chr�tiens palestiniens ne repr�sentent aujourd'hui qu'environ 2 pour cent de la population de J�rusalem et 3 pour cent de celle des territoires occup�s. Cinquante neuf pour cent d'entre eux sont de traditions orthodoxes, 36 pour cent sont catholiques et 5 pour cent protestants.
Le Israel Yearbook and Alamanac 1999 d�crit la pr�carit� de leur situation en ces termes : �En tant que chr�tiens arabes, ils sont minoritaires � deux titres: Arabes dans une population isra�lienne majoritairement juive, chr�tiens dans une soci�t� isra�lienne domin�e par les Arabes musulmans.� En plus des diff�rences d'effectifs et de ressources au sein de la communaut� chr�tienne, �ceux qui insistent sur leur identit� palestinienne se trouvent en position d'inf�riorit� par rapport aux Isra�liens.�
Pour compliquer encore les choses, les juifs isra�liens consid�rent souvent les chr�tiens comme appartenant aux deux grandes majorit�s que sont le monde arabe et la communaut� chr�tienne mondiale. Les musulmans, eux, associent les chr�tiens de la r�gion avec le puissant Occident chr�tien et les consid�rent rarement comme une �minorit� en p�ril�.
C'est pourquoi la communaut� chr�tienne locale doit veiller � faire entendre les pr�occupations des chr�tiens dans les n�gociations sur le statut final de la ville, tout en travaillant � la paix et � la justice sur le terrain. Le centre oecum�nique Sabeel est l'une de ces initiatives men�es � la base.
Pour Jean Zaru, vice-pr�sidente du comit� directeur de Sabeel dont elle est l'une des fondatrices, le centre s'efforce de �b�tir une soci�t� pluraliste� et d'�offrir une approche � la paix et � la justice qui soit fond�e sur la foi�. La sensibilit� aux religions est la cl� du probl�me, et il y a parfois des tensions avec la communaut� chr�tienne internationale. �Certains fondamentalistes chr�tiens qualifient l'Islam de 'satanique' ce qui ne facilite pas ma t�che de chr�tienne charg�e d'activit�s interreligieuses�, d�plore-t-elle. De tous temps, chr�tiens et musulmans ont v�cu c�t� � c�te dans la r�gion. �Les Palestiniens sont chr�tiens et musulmans, mais ils sont un peuple�, explique le p�re Maroum Laham, recteur du S�minaire du patriarcat latin de J�rusalem.
La communaut� chr�tienne locale est unanime pour r�clamer l'ouverture de la ville aux trois religions monoth�istes. �L'histoire nous le montre, dit le p�re Laham, chaque fois que les chr�tiens ou d'autres ont essay� de s'approprier J�rusalem, ils ont �t� rejet�s. Il est clair que J�rusalem ne peut pas appartenir longtemps � une religion ou � un peuple.�
Dans une d�claration historique de 1994 - le M�morandum commun de Leurs B�atitudes et des responsables des communaut�s chr�tiennes de J�rusalem sur la signification de la ville pour les chr�tiens -, les chefs des communaut�s chr�tiennes ont appel� toutes les parties �� d�passer les visions ou mesures empreintes d'exclusivisme et � prendre en compte, sans discrimination, les aspirations religieuses et nationales des autres, afin de rendre � J�rusalem son caract�re v�ritablement universel et de faire de la ville un lieu saint de r�conciliation pour l'humanit�.
Le COE et J�rusalem
Pour soutenir ses Eglises membres en Terre sainte et au nom de la communaut� chr�tienne mondiale, le COE s'est pench� sur la question de J�rusalem � maintes reprises depuis 1948. R�cemment, en 1998, sa Huiti�me Assembl�e r�unie � Harare a adopt� une d�claration sur le statut de J�rusalem o� le COE a r�affirm� en ces termes ses d�clarations pass�es: �J�rusalem est ville sainte pour trois religions monoth�istes: le juda�sme, le christianisme et l'islam. Il leur incombe donc de coop�rer afin que J�rusalem soit une ville ouverte aux croyants des trois religions�. La d�claration note aussi que:
- Le r�glement pacifique des revendications territoriales des Palestiniens et des Isra�liens devrait respecter la saintet� et l'int�grit� de la ville.
- L'acc�s aux lieux saints, aux �difices et aux sites religieux devrait �tre libre, et la libert� de culte assur�e aux fid�les de toutes les religions.
- Le libre acc�s de la population palestinienne � J�rusalem doit �tre assur� et prot�g�.
- J�rusalem doit demeurer une ville de partage en termes de souverainet� et de citoyennet�.
Des r�ponses ou d'autres questions ?
Depuis 1947, les propositions concernant l'avenir de J�rusalem n'ont pas manqu�: d'un statut international sp�cial � la division de la souverainet� et du contr�le. A Camp David en juillet dernier, c'�tait la premi�re fois dans l'histoire des n�gociations de paix que l'on abordait le statut de J�rusalem. Bien qu'aucun accord n'ait �t� conclu, le fait que cette question ait �t� discut�e est un signe d'esp�rance.
Les fid�les des trois religions attendent ces signes avec impatience. �J�rusalem doit demeurer la cit� de Dieu et �tre accessible � tous,� d�clare Sa B�atitude Michel Sabbah du patriarcat latin de J�rusalem. �Elle ne doit pas �tre gouvern�e comme n'importe quelle autre ville du monde.�
Des millions de croyants sont venus � J�rusalem pour prier sur ses pierres. Il leur faut aussi prier pour ses �pierres vivantes�, ses habitants, pour la paix et pour la solution qui fera de J�rusalem une ville v�ritablement sainte.
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1) The Status of Jerusalem (1997) - Division for Palestinian Rights (DPR) Study. Le DPR fait partie du D�partement des affaires politiques du Secr�tariat de l'ONU. Les documents sur J�rusalem (en anglais seulement) publi�s par l'ONU figurent sur le web: http://www.un.org/Depts/dpa/qpal/jeru_f.htm
2) Loi adopt�e par la Knesset d'Isra�l proclamant J�rusalem capitale de l'Etat d'Isra�l, 29 juillet 1980; Guidelines of the Government of Israel, June 1996.
Sauf mention contraire, les donn�es cit�es dans cet article proviennent de la Palestinian Academic Society for the Study of International Affairs (PASSIA).
Vous pouvez obtenir des photos de J�rusalem sur le site web du COE:
http://www.wcc-coe.org/photo/countries/countries.html
Pour toute information compl�mentaire, s'adresser �:
Karin Achtelstetter, Responsable des relations avec les m�dias
T�l.: (+41 22) 791 61 53 Portable: (+41) 79 284 52 12
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Le Conseil oecum�nique des Eglises (COE) est une communaut� de 337 Eglises. Elles sont r�parties dans plus de 100 pays sur tous les continents et repr�sentent pratiquement toutes les traditions chr�tiennes. L'Eglise catholique romaine n'est pas membre mais elle collabore activement avec le COE. La plus haute instance dirigeante du COE est l'Assembl�e, qui se r�unit environ tous les 7 ans. Le COE a �t� form� officiellement en 1948 � Amsterdam, aux Pays-Bas. Le secr�taire g�n�ral Konrad Raiser, de l'Eglise �vang�lique d'Allemagne, est � la t�te du personnel de l'organisation.
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