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Appel � la conversion
From
Sheila MESA <[email protected]>
Date
11 Jun 1998 01:54:55
Conseil oecum�nique des Eglises
Chronique mensuelle no 7
Pour publication imm�diate
Juin 1998
UN APPEL A LA CONVERSION
par Miriam Reidy
La D�cennie oecum�nique des Eglises solidaires des femmes vient de
s'achever et, avec elles, dix ann�es d'efforts pour changer les
mentalit�s et les structures. Dans quelle mesure a-t-elle atteint ses
objectifs? Quelle suite leur donnera-t-on au 21�me si�cle?
Le Conseil oecum�nique des Eglises (COE), qui fut l'initiateur de ce projet,
offre aujourd'hui un espace aux femmes qui y ont particip� pour qu'elles
en dressent le bilan. Ainsi, un festival de quatre jours organis� en
d�cembre � Harare, au Zimbabwe, juste avant la Huiti�me Assembl�e du
COE, leur permettra de poser ces deux questions et de chercher � y
r�pondre. Elles s'interrogeront �galement sur l'impact que la D�cennie a
eu sur leur vie, exposeront leur vision de l'avenir pour l'Eglise et la
soci�t� apr�s 1998 et c�l�breront leurs luttes et leur engagement �
l'Eglise.
La D�cennie oecum�nique a d�but� � P�ques 1988, trois ans apr�s la fin
de la D�cennie des Nations Unies pour la femme. En 1985, une
conf�rence, et un forum des ONG organis� parall�lement, s'�taient tenus
� Nairobi pour marquer la fin de la D�cennie des Nations Unies. Les
quelque 40 000 femmes qui s'y trouvaient rassembl�es avaient �t�
unanimes � reconna�tre que celle-ci n'avait pas r�ussi � am�liorer
sensiblement les conditions de vie de la plupart des femmes. En fait,
l'enqu�te effectu�e en 1985 par l'ONU sur la situation des femmes dans
70 pays avait m�me montr� que dans la plupart des cas, leur condition
avait empir� par rapport � ce qu'elle �tait dix ans plus t�t! Les
repr�sentantes du COE au Forum des ONG et d'autres femmes qui y
avaient �t� envoy�es par des Eglises, comparant leurs rapports,
s'�taient rendu compte que la D�cennie des Nations Unies avait � peine
touch� les Eglises.
C'est la raison pour laquelle, apr�s la conf�rence de Nairobi, les
responsables du Programme "femmes" du COE ont fait leur propre
enqu�te sur la place des femmes dans 105 Eglises membres de 74 pays.
Cette �tude a confirm� qu'en g�n�ral les femmes - qui repr�sentent plus
de la moiti� des membres des Eglises - occupent toujours dans ces
Eglises des positions et des r�les "traditionnels", et que les attitudes
traditionnelles qu'on adopte � leur �gard � la fois refl�tent les cultures
patriarcales et contribuent � les fa�onner.
Les Eglises pourraient-elles faire mieux l� o� les Nations Unies avaient
�chou�? En janvier 1987, le Comit� central, convaincu qu'il fallait au
moins tenter la chose, a lanc� une D�cennie oecum�nique. Cette
d�cision s'inscrivait dans la longue histoire de l'engagement du COE pour
la question des femmes. En effet, d�j� en 1948, en rapport sur le r�le et
le statut des femmes dans l'Eglise avait �t� soumis � la Premi�re
Assembl�e du COE � Amsterdam. Et en 1954, un D�partement du COE
pour la coop�ration entre hommes et femmes dans l'Eglise et la soci�t�
s'�tait mis au travail. Parmi les temps forts de l'engagement du COE
aupr�s des femmes, il faut mentionner le colloque sur "Le sexisme dans
le monde d'aujourd'hui: discrimination � l'�gard des femmes" (Berlin
1974), une �tude de trois ans sur "La communaut� des femmes et des
hommes dans l'Eglise" (1978-1981), et la d�cision prise par la Sixi�me
Assembl�e du COE (1983) de placer les pr�occupations et les points de
vue des femmes au centre de tous les programmes du Conseil.
La D�cennie oecum�nique visait � offrir aux Eglises membres du COE un
cadre dans lequel elles pourraient examiner leurs structures, leurs
enseignements et leurs pratiques et, le cas �ch�ant, les modifier pour
promouvoir la participation pleine et enti�re des femmes. Comparant la
lib�ration des femmes au d�placement de la pierre qui scelle l'entr�e du
tombeau de J�sus, elle appelait les Eglises � "rouler la pierre".
Durant la seconde moiti� de la D�cennie, des �quipes oecum�niques ont
visit� la plupart des Eglises membres du COE pour prendre acte des
progr�s d�j� r�alis�s et s'en r�jouir, et pour les encourager � nouveau �
aller de l'avant. En �cho � l'ap�tre Paul qui comparait les membres de
l'Eglise de Corinthe � "une lettre du Christ... �crite, non pas avec de
l'encre, mais avec l'Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre
mais sur des tables de chair, sur vos coeurs", les responsables de la
D�cennie ont invit� les �quipes � se consid�rer elles aussi comme des
"lettres vivantes".
Ainsi, 75 �quipes compos�es de plus de 300 femmes et hommes venant
de toutes les r�gions du monde et de toutes les familles confessionnelles
repr�sent�es au COE ont visit� 330 Eglises, 68 conseils nationaux
d'Eglises et pr�s de 650 groupes et organisations de femmes. C'�tait la
premi�re fois dans l'histoire du COE qu'on se lan�ait dans une telle
entreprise! Quelles ont �t� les d�couvertes faites par ces lettres
vivantes?
Leur rapport, r�dig� en 1997, contient des r�cits enthousiastes sur la
solidarit� des femmes entre elles et sur leur engagement envers l'Eglise.
Il brosse des portraits de femmes qui sont des "piliers de l'Eglise", jouant
un r�le actif dans la vie spirituelle et liturgique, dans les minist�res
la�ques, les ordres religieux, des femmes sans qui "la vie des Eglises
s'arr�terait net". Il parle aussi de femmes qui ont commenc� � cr�er des
mouvements religieux alternatifs et de "nouvelles fa�ons d'�tre l'Eglise".
Le rapport Lettres vivantes souligne � quel point les �quipes ont �t�
impressionn�es par "l'endurance" des femmes et "leur d�termination �
vaincre l'oppression", par ces femmes "qui s'acharnent � rouler les
pierres de la violence, du racisme, de l'injustice �conomique et de
l'exclusion", qui sont r�solues � "susciter des changements sociaux et
politiques et d�termin�es � r�sister aux forces du mal". Il fait observer
qu'en travaillant avec des groupes la�ques, de nombreuses femmes
chr�tiennes t�moignent d'une Eglise pr�sente au monde dans les luttes
de la vie quotidienne, tout en interpellant cette Eglise. La D�cennie a mis
en �vidence les immenses ressources de force et de courage,
d'endurance et de solidarit� qui existent chez les femmes. Pour saluer
ces ressources, dont les Eglises n'ont souvent pas conscience, un millier
de femmes chr�tiennes se rendront � Harare et y c�l�breront les dons
qu'elles mettent au service les unes des autres. Dans le cadre du
Festival de la D�cennie qui aura lieu du 27 au 30 novembre, une
exposition organis�e sur le th�me "Les femmes dans le mouvement
oecum�nique et leur vision", illustrera l'histoire des femmes qui ont aid� �
construire le mouvement oecum�nique. On pourra y voir notamment une
s�lection d'ic�nes de saintes venant de plusieurs traditions. Dans les
"cases � th�mes" qui auront �t� dress�es pour l'occasion sur
l'emplacement du Festival, des femmes engag�es dans divers combats �
l'�chelon local feront part de leur exp�rience en utilisant diff�rents
moyens d'expression: posters, brochures, oeuvres d'art, th��tre, po�sie,
musique. Ce partage se fera autour de nombreux th�mes, allant de
l'environnement et de la cr�ation � la mondialisation. Par ailleurs, un
�change de visites entre femmes organis� � la veille du Festival, une
pl�ni�re pendant le Festival et un cadre con�u par des Zimbabw�ennes
permettront de c�l�brer les contributions des Africaines � l'Eglise et � la
soci�t�.
D'autre part, le rapport Lettres vivantes souligne que si l'on veut parvenir
� r�aliser compl�tement les objectifs de la D�cennie, il reste encore
beaucoup � faire. Partout o� les �quipes se sont rendues, les "pierres"
sont encore solidement en place. La violence � l'encontre des femmes,
par exemple, existe toujours. Que cette violence soit d'ordre physique,
�conomique, social, institutionnel, psychologique ou spirituel, elle
constitue une exp�rience qui soude les femmes ensemble par-del� les
fronti�res g�ographiques, culturelles et confessionnelles. Pourtant, c'est
un sujet qui n'est pratiquement jamais abord� par les responsables
d'Eglise. Les Eglises ont tendance � laisser agir les hommes violents et �
emp�cher les femmes de parler, � mettre la violence sur le compte de la
culture, de la pauvret� ou de la guerre, voire � la justifier par une
th�ologie du sacrifice et de la souffrance appliqu�e seulement aux
femmes; elles ont tendance � consid�rer cette violence comme quelque
chose qui se produit seulement en dehors de l'Eglise, ou comme un
probl�me individuel. Et l'immense majorit� des femmes, � cause d'un
sentiment de honte, de culpabilit�, de peur ou de loyaut�, tendent � subir
cette violence en silence.
Pour la premi�re fois lors d'un rassemblement mondial, des femmes, au
cours d'une s�ance d'information-d�bat organis�e pendant le Festival de
la D�cennie, t�moigneront de la violence qu'elles ont v�cue
personnellement dans l'Eglise: violence exerc�e par des pasteurs ou
dans les paroisses, violence r�sultant des structures eccl�siastiques, et
recours � des arguments th�ologiques pour imposer le silence aux
femmes. Conscientes de la souffrance que peut entra�ner une telle
d�marche, les organisatrices du Festival ont promis d'apporter un
accompagnement pastoral ; et la volont� commune des participants,
hommes et femmes, de lutter contre cette violence fera sans nul doute
partie de cet accompagnement. Cette s�ance permettra �galement de
rendre compte des actions positives entreprises en faveur du
changement.
Selon les r�dactrices du Lettres vivantes, les "pierres" du racisme et de
l'injustice �conomique infligent aux femmes une vie mis�rable en bien des
endroits; les initiatives prises par les Eglises pour changer cette situation
sont parfois utiles, disent-elles, mais aussi parfois terriblement
insuffisantes. A propos du racisme, elles constatent par exemple que
"certains groupes de femmes d'Eglise ne remarquent pas l'existence du
racisme ...confirmant ainsi les accusations des femmes autochtones,
noires ou minoritaires selon lesquelles les femmes d'une culture
majoritaire peuvent �tre tout aussi oppressives que les hommes". Au
sujet de l'injustice �conomique, elle soulignent: "Les Eglises ont souvent
d�clar� que la pauvret� g�n�rale, les contraintes �conomiques �taient
des priorit�s qui l'emportaient sur les difficult�s des femmes. Cette
attitude r�v�le � notre avis une m�connaissance profonde du fait que ce
sont justement l� les pr�occupations des femmes, car ce sont elles qui
souffrent le plus des �preuves caus�es par l'injustice �conomique."
Le rapport Lettres vivantes met au jour les domaines de la vie de l'Eglise
o� les obstacles � la pleine et enti�re participation des femmes sont le
plus manifestes: le minist�re consacr�, la prise des d�cisions et le
pouvoir dans les structures eccl�siastiques, et m�me la formation
th�ologique (on constate une p�nurie de bourses d'�tudes,
d'enseignantes et de cours traitant de la th�ologie dans une perspective
f�minine ou f�ministe). Et il passe bri�vement en revue quelques-uns des
bastions du pouvoir masculin, notamment la "famille traditionnelle,
hi�rarchique et patriarcale" et les approches th�ologiques et les
interpr�tations de la Bible qui sont sources d'oppression.
La D�cennie pose des questions embarrassantes. Par exemple, les
Eglises, dans leurs attitudes envers les femmes, sont-elles en avance ou
au contraire en retard sur la soci�t� ? Elle a permis de mettre le doigt sur
des probl�mes br lants: les obstacles mis � la participation des femmes
� la direction de l'Eglise, � la r�flexion th�ologique, � la vie spirituelle et au
minist�re; la crise �conomique mondiale et ses graves r�percussions sur
la vie des femmes; la violence qui s'exerce contre les femmes � la fois
dans l'Eglise et dans la soci�t�; le racisme et la x�nophobie.
La D�cennie a mobilis� l'attention d'un nombreux public, qui ne l'a pas
toujours consid�r� d'un oeil favorable, loin de l�. En plusieurs endroits,
les �v�nements qui y �taient li�s ont �t� l'objet de vives critiques. Cela
refl�te-t-il simplement l'ampleur de l'opposition qui existe � une pleine
�galit� et � un v�ritable partenariat entre femmes et hommes dans
l'Eglise, ou cela est-il r�v�lateur de toute autre chose? C'est une question
controvers�e.
La D�cennie a eu des r�percussions sur les femmes. Elle a donn� � des
femmes et � des groupes de femmes les moyens de prendre leur sort en
mains, parfois en leur insufflant l'�lan dont elles avaient besoin pour
lancer de nouveaux projets susceptibles de r�soudre certains de leurs
probl�mes .Elle leur a permis d'exprimer leur solidarit� les unes envers
les autres, et leur a donn� le courage de dire ouvertement en pr�sence
des hommes ce qu'elles pensaient et ressentaient. Elle leur a offert un
espace o� les tensions existantes ont pu se manifester au grand jour, o�
les divergences ont �t� reconnues et les pr�occupations communes
formul�es. Elle a �t� � l'origine de trois grandes r�unions de femmes
orthodoxes qui ont permis � celles-ci d'examiner les probl�mes qui se
posent dans leurs Eglises, en particulier ceux concernant les femmes
dans la th�ologie, les minist�res des femmes et la famille.
Enfin, la D�cennie, dans un appel proph�tique, nous a invit�s �
reconna�tre la v�rit� biblique selon laquelle la femme et l'homme, cr��s
tous deux � l'image de Dieu, sont tous deux b�nis par lui (Gen�se,
1,27-28), � affirmer qu'"il n'y a plus ni Juif ni Grec; il n'y a plus ni esclave
ni homme libre; il n'y a plus l'homme et la femme; car tous, vous n'�tes
qu'un en J�sus Christ" (Galates 3,28), et � agir en cons�quence!
La D�cennie a-t-elle suscit� d'authentiques conversions dans les
Eglises? Un peu partout, lit-on dans le rapport Living Letters, "nous
avons trouv� des Eglises qui r�agissaient avec �merveillement � la
D�cennie... Elles s'aper�oivent soudain que les questions touchant au
fonctionnement de la communaut� et � l'�galit� des sexe ne sont pas
seulement des "pr�occupations' de femmes mais concernent l'ensemble
de la communaut�, autrement dit toute l'Eglise". Le rapport pr�sente alors
"quelques signes d'espoir".
Mais il ressort clairement du rapport que la D�cennie, qui �tait un appel �
se solidariser avec les femmes, a r�v�l� qu'il existait au moins autant de
probl�mes que d'acquis, autant de r�sistance que d'ouverture au
changement, autant de d�termination � s'accrocher aux privil�ges et au
pouvoir que de volont� de partage, autant de refus d'entendre que de
courage d'�couter un message de lib�ration.
"La plupart des Eglises et leurs responsables ont r�agi vis-�-vis de la
D�cennie comme les hommes de la chambre haute lorsque les femmes
sont venues leur raconter l'histoire de la pierre roul�e... presque tous ont
�cart� ce que les femmes leur disaient comme �tant du "d�lire'."
Quelle direction prendre aujourd'hui? La D�cennie a suscit� d'immenses
espoirs dont la plupart n'ont pas �t� combl�s. Maintenant qu'elle touche �
sa fin et que l'on dispose de moins de fonds, on craint de voir les
programmes de femmes ralentir leurs activit�s ou m�me y mettre un
terme. Ceux et celles qui se sont donn� pour t�che d'instaurer la pleine
�galit� entre femmes et hommes dans l'Eglise et un v�ritable partenariat,
sont bien d�termin�s � arriver � leurs fins. Ainsi, l'un des objectifs du
Festival sera de formuler de "nouveaux" d�fis pour le prochain mill�naire,
afin que l'impulsion donn�e par la D�cennie ne soit pas perdue.
A cette fin, des femmes chr�tiennes de toutes les r�gions du monde ont
r�dig� un projet de document qui appelle � continuer � suivre les
�v�nements de pr�s et d�finit un programme d'action destin� aux Eglises
et au COE. Portant sur "Les d�fis lanc�s aux femmes � l'aube du 21�me
si�cle", il sera finalis� lors du Festival, puis transmis � l'Assembl�e et, de
l�, aux Eglises.
A l'Assembl�e, une s�ance pl�ni�re sera consacr�e � l'�valuation de
l'impact de la D�cennie sur la vie des Eglises. Celles-ci seront appel�es �
reconna�tre les probl�mes qui continuent d'exiger leur attention apr�s
1998. Comment faire, en une heure et demie, pour convaincre les
participants et les pousser � agir? Comment parvenir � un �quilibre entre
la mise en relief des progr�s r�alis�s et l'appel des Eglises � la
repentance, quand la premi�re d�marche risque d'inciter �
l'autosatisfaction, au retour � la routine, et la seconde de provoquer
l'antagonisme et l'opposition?
Deuxi�me partie suit...
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